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article du FIGARO

RÉCIT – Installé pour recycler les déblais issus des chantiers, le site provoque d’importantes nuisances. Après un été difficile, les riverains mettent en doute les promesses d’un projet appelé à durer douze ans.

Un bruit lancinant résonne sur le balcon des Richard, situé au sixième étage d’un immeuble du quartier de l’île de Nantes (Loire-Atlantique). Juste en face, des tracteurs enchaînent les allées et venues au milieu de grands tas de sable. À l’intérieur de l’appartement, la poussière s’accumule sur les meubles. « Et pourtant, je fais le ménage deux à trois fois par semaine », se désespère Dominique. Depuis février 2025, un écocentre s’est installé pour une durée de douze ans sous les fenêtres du couple, à 100 mètres à vol d’oiseau.

Dès 2023, des habitants inquiets et mécontents avaient mené une fronde contre cette plateforme écologique qui doit traiter, stocker et trier les terres, gravats, sable et autre béton issus des chantiers de l’île. L’immense parc, qu’ils pensaient voir sortir de terre en face de chez eux s’est réduit comme une peau de chagrin, laissant la place à une sorte de chantier en continu accompagné de son lot de nuisances. Les Richard, eux, n’ont déménagé ici qu’il y a deux ans. « Vous êtes courageux d’avoir acheté ici », leur ont lancé des voisins à leur arrivée. Les nouveaux venus pensaient savoir où ils mettaient les pieds, après s’être renseignés. « On trouvait intelligent le principe, mais pas dans ces conditions », explique Didier Richard, à propos d’un projet d’économie circulaire, visant à réemployer les matériaux des chantiers dans ce quartier en pleine transformationplutôt que de les évacuer vers des sites plus éloignés. « Là, on a un site industriel sous nos fenêtres ».

Nuisances insupportables

Lundi soir, le collectif de riverains Stop Écocentre Île de Nantes a convié la presse pour exprimer leur ras-lebol. « Depuis l’ouverture, c’est insupportable en termes de nuisances sonores et en termes de poussière », rappelle une des 30 habitantes présentes. Bip des reculs, campagne éphémère de concassage très bruyante… sans parler de la qualité de l’air qu’ils respirent. « Ça commence à faire plus d’un an qu’on supporte ça, ce n’est pas comme des travaux, là on parle d’une durée de 12 ans », s’agace cette Nantaise, qui a l’impression que personne ne prend en compte la dégradation subite de leur environnement.

« On est pour un retraitement des terres, mais il faut que cela soit fait dans le respect de la santé des gens et de la qualité de vie du quartier. Or là, il nous apparaît de plus en plus clairement que l’écologie est un prétexte », souligne un autre riverain. En suivant un camion, Didier Richard s’est rendu compte que les terres recyclées sur place sortaient de l’île de Nantes, en direction de Saint-Colomban ou Herbignac, soit jusqu’à 75 kilomètres à la ronde. Un non-sens pour un écocentre censé fonctionner en circuit court. Voire un fonctionnement illégal pour certains qui y voient la violation d’un arrêté préfectoral. « Les terres excavées sur l’île de Nantes échappent au statut de déchet si elles sont réutilisées sur l’île de Nantes, sans jamais en sortir », affirme dans un communiqué le collectif. Or, les objets considérés juridiquement comme des déchets devraient être traités dans des filières spécifiques plus coûteuses.

Une procédure judiciaire est en cours. « Il y a une attente pour que l’écocentre quitte le quartier », n’en démord pas Éléonore Duplay, porte-parole du collectif. La tension était palpable lundi soir. Après la conférence de presse, une riveraine avait un rendez-vous personnel avec un élu et la directrice de la Samoa (gestionnaire du projet) pour évoquer le sujet. Finalement, tous les riverains s’y sont invités, ce qui a donné lieu à une réunion publique inopinée.

On ne fait rien d’illégal

Guillaume Petit, directeur général adjoint du pôle urbain de la Samoa

« On entend ces plaintes et nuisances, et on les comprend. On est vigilant au quotidien pour mobiliser les entreprises qui interviennent. Mais, actuellement, on est sur une phase très dense », nous a répondu le lendemain Guillaume Petit, directeur général adjoint du pôle urbain de la Samoa. Il assure qu’un suivi en continu des poussières, de la qualité de l’air et du bruit a été mis en place pour vérifier que les normes réglementaires sont bien respectées. À la suite d’une inspection de la DREAL, il a été réclamé une étude acoustique complémentaire, en plus des capteurs assurant une mesure continue du bruit.

Récemment, un autre chantier d’amélioration d’espace public s’est greffé devant l’écocentre pour quelques mois encore. « Cela rajoute des nuisances et on constate sur cette fin d’été qu’il y a un petit effet ras-le-bol de la population », reconnaît Guillaume Petit. Concernant la destination des terres, point de crispation majeur, « on ne fait rien d’illégal », assure-t-il. « Premièrement, il y a des terres de l’île de Nantes qui ne vont pas sur l’écocentre car elles sont trop polluées », rappelle-t-il. Ensuite, les déblais récupérés sur les chantiers sont plus nombreux que les remblais qui repartent. « Aujourd’hui, l’écocentre est plein à 78 %. On a besoin d’avoir des réutilisations en remblais », poursuit-il, d’où la nécessité d’aller les mettre dehors. Pour l’heure, il n’est pas prévu de faire partir cet écocentre, dont l’activité est amenée à diminuer avec la fin des travaux de l’île de Nantes. « Les installations en place sont fixes. On se laisse toutefois la possibilité de réduire son emprise », termine Guillaume Petit. Cette réduction dépendra de l’avancée des travaux de l’île mais était de toute manière prévue pour 2030.